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 Editorial
Chères amies et chers amis,
C'est avec une grande joie que nous vous présentons la première édition uniquement numerique de notre revue
Prier et Servir. Nous espérons continuer à vous offrir
par ce moyen l’aide théologique et pastorale pour votre travail dans
l'Apostolat de la Prière et le Mouvement Eucharistique des Jeunes
dans le monde. Comme vous le savez, l’AP est présent dans
90 pays, et le MEJ dans 44. Notre intention est de vous soutenir
en vous aidant à répondre aux graves défis de notre temps. Ce monde bouleversé,
où des centaines de millions de nos frères et sœurs souffrent de la faim,
a un besoin urgent de nouvelles valeurs pour construire une
nouvelle civilisation. Nous voulons y contribuer à partir de
l’AP en offrant une solide spiritualité centrée sur le Christ
qui nous pousse dans nos vies à servir les autres.
Dans ce numéro, nous réfléchirons sur l’Eucharistie comme source de notre espoir,
à partir d’une conférence prononcée aux Philippines. On lira le beau témoignage
de l’AP vécu parmi les pauvres d’Équateur.
On comprendra mieux les similitudes et les différences entre
notre spiritualité et la Dévotion de la Miséricorde Divine de Sainte Faustine Kowalska.
Une lettre d’Inde nous encouragera par sa profondeur à poursuivre notre mission,
celle d’offrir une spiritualité aux hommes et femmes d’aujourd’hui. D'Argentine nous vous
donnerons des nouvelles du dernier Rassemblement National du MEJ. Et d'Europe et
d'Asie nous pourrons lire les rapports des rencontres des Secrétaires Nationaux
de l’AP, à Bilbao et à Tokyo, respectivement.
Nous vous souhaitons une très joyeuse nouvelle année remplie de l’espoir du Christ.
Bon travail pour accomplir cette mission et partager cette joie avec tous!
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Résumé
"Dans un monde qui lutte pour la justice, la paix, et pour un sens nouveau à donner à nos vies, nous élevons le regard vers Jésus en ses moments suprêmes. Son amour, sa détermination, sa générosité lui font accepter une mort affreuse, après avoir légué à ses disciples le souvenir sacramentel de son coeur livré pour nous, et qui constitue désormais la source de notre espérance. L'Eucharistie nous enseigne que l'amour seul peut nous sauver, et elle nous conduit à vivre selon son coeur".
L'Eglise universelle vient de célébrer le 49e Congrès eucharistique au Québec avec pour thème "l'Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde". Or, il m'est demandé de parler ici de l'Eucharistie comme source première de l'espérance. De quoi s'agit-il? Certainement, de m'exprimer dans le même sens que le titre du Congrès eucharistique tout récent évoquait, tant il est vrai que l'Eucharistie est porteuse d'espérance et de vie au monde d'aujourd'hui.
Demandons-nous tout d'abord ce que nous espérons pour le jour d'aujourd'hui et plus précisément de quoi nous avons besoin dans la société où nous vivons, dans nos familles et au plus profond de notre coeur. Nous nourrissons tous des espoirs, nous en avons besoin pour survivre. Nous levons les yeux et les mains vers Dieu dans nos moments difficiles, car nous savons que nos seules vraies sources d'espérance reposent en Lui. Nous allons donc aujourd'hui parler des moyens par lesquels l'Eucharistie peut répondre à ce besoin essentiel de notre coeur.
Dans un monde disloqué, violent et injuste, nous nourrissons l'espoir d'une société meilleure, et d'une victoire de la justice et de la paix. Souvent, nos familles elles-mêmes sont désunies et nous espérons surmonter ses divisions et ses difficultés. Il peut même arriver que notre propre coeur soit brisé dans son aspiration au vrai bonheur. Nous espérons trouver un sens à nos vies et à nos souffrances. Nos espoirs sont plus grands et plus profonds que ne l'est une attente de simples réalisations matérielles. En définitive, nous espérons combler nos vies de Dieu et son amour.
Dans sa lettre encyclique Spe Salvi, le pape Benoît XVI dit ceci:
"En ce sens il est vrai que tout qui ne connaît pas Dieu, même s'il peut entretenir toutes sortes d'espoirs, se retrouve finalement sans espérance, sans cette grande espérance qui soutient la vie entière (cf. Ep 2:12) (27).
Jour après jour, l'homme fait l'expérience de nombreux espoirs plus ou moins vastes et de types variés selon les périodes de sa vie. Parfois l'un de ces espoirs semble à lui seul totalement satisfaisant, sans que le besoin de quelque autre attente soit encore ressenti. C'est ainsi que les jeunes peuvent cultiver l'espoir d'un grand amour qui les comble et que d'autres placent leur espérance en un avancement professionnel ou quelque autre succès décisif pour le restant de leur vie. Toutefois, cette espérance une fois comblée, il devient rapidement clair qu'elle ne remplissait pas toute l'ambition d'une vie. Il devient évident que l'homme a besoin d'un espoir qui va plus loin. Il devient évident que seul quelque chose d'infini peut lui suffire, quelque chose qui sera toujours plus grand que ce qu'il peut atteindre" (30).
Explorons les différents sens donnés à l'Eucharistie pour voir s'ils apportent une réponse à ces questions. En vérité, nous croyons que l'Eucharistie peut répondre à ces désirs et constituer une source première d'espérance dans les nombreuses situations difficiles que nous rencontrons.
Allons plus loin dans la compréhension personnelle de l'Eucharistie. Peut-être assistons-nous à la messe tous les dimanches ou plusieurs fois pendant la semaine, ou beaucoup moins souvent. L'un dans l'autre, nous ne saisissons peut-être pas toujours entièrement le sens de ce que nous célébrons. Sommes-nous présents parce que poussés par un certain sens du devoir, parce qu'on nous a dit que c'est péché de manquer la messe du dimanche? A moins d'y aller "quand çà nous botte", mais pas toujours? Apportons-nous à la messe nos questionnements, nos problèmes, nos coeurs à cet autel pour demander au Seigneur que son amour puisse ruisseler sur notre vie? Ou bien, sommes-nous assis dans l'ennui, en attendant que la messe s'achève bientôt? Posez-vous la question de savoir ce que vous recevez dans chaque messe. Le pape Benoît dit que les chrétiens "devraient cultiver le désir que l'Eucharistie exerce un effet de plus en plus profond sur leur vie de tous les jours et qu'elle fasse d'eux des témoins convaincants sur leur lieu de travail et dans la société tout entière" (Sacramentum Caritatis, 79).
Voyons quel sens Jésus a donné à l'Eucharistie, d'emblée, à la Dernière Cène. Quel était le contexte? Nous en sommes à la pâque, cette célébration rituelle qui rappelle au peuple hébreu sa libération par Dieu. Cette libération est la source de son identité de peuple élu, sauvé par l'amour de Dieu. Jésus étendra le sens de cette fête à l'accomplissement de la libération totale que Dieu veut offrir à son peuple. L'Eucharistie sera la source de l'identité du nouveau peuple élu.
Cette nuit-là, Jésus réunit ses apôtres pour les préparer aux événements à venir et leur donner ses dernières instructions. Il est arrivé au terme de sa mission sur terre et se trouve sur le point d'en traverser les séquences les plus terribles. Il a aimé ses frères et ses soeurs et livré sa vie pour eux en toute circonstance et en tout ce qu'il a fait. Il est maintenant prêt à donner sa vie jusqu'au bout. Il est angoissé; il voudrait repousser la souffrance; il demandera à son Père d'écarter de lui l'heure qui s'annonce. Toutefois, il acceptera d'aller à la mort, et il se soumettra à la volonté d'amour de son Père jusqu'en ses ultimes conséquences. Jésus comprend qu'il est le nouvel agneau dont le sacrifice aura pour résultat le salut de son peuple. Telle est la voie mystérieuse par laquelle l'amour de Dieu se manifestera dans toute son étendue.
Quant à l'Eucharistie, elle est la voie mystérieuse par laquelle, plus tard, les disciples garderont le souvenir de Jésus et pourront célébrer sa présence aimante parmi nous. Jésus doit partir, mais il ne veut pas laisser seuls ses disciples tant aimés. Il restera près d'eux et près de l'Eglise en marche sous une forme sacramentelle inattendue.
Ce sont précisément toutes ces choses-là que Jésus explique à ses disciples à la Dernière Cène, nonobstant leur incapacité à les comprendre. Il prend en main le pain et leur dit: "Je suis ce pain, il est ma vie livrée pour vous". Il prend ensuite la coupe et dit: "Je suis ce vin, il est mon sang qui sera répandu pour vous". Il accepte la mort affreuse qui l'attend. Qui plus est, en ces quelques mots et par quelques gestes, Jésus résume sa vie entière. Au cours de cette vie parmi les hommes, il n'a jamais cessé d'être le pain rompu pour les autres, il a toujours accepté de répandre son sang pour l'amour de son peuple. Il va maintenant continuer à témoigner de son amour jusqu'à son dernier instant, en mourant pour nous. Il croyait absolument que la voie qui était la sienne, la voie de l'amour, conduisait à la vie et à la résurrection.
Jésus s'est exprimé en cette soirée sous une forme rituelle, qui pourrait être reprise ensuite par l'Eglise en sa mémoire. La répétition des mots et des gestes de la Dernière Cène au cours des siècles n'a cessé d'être la façon choisie par Jésus pour assurer sa présence, bien que cachée, parmi ceux qu'il aime. Chaque Eucharistie célébrée actuellement assure et confirme la présence vivante de Jésus dans la communauté. Nous célébrons son amour, sa vie livrée pour nous, sa victoire sur la mort. Nous proclamons que l'amour a vaincu la haine et la mort, et que la présence joyeuse et vivante de Jésus, aujourd'hui encore, nous tient compagnie. Nous ne cessons de célébrer le mystère pascal, le mystère de la vie, de la mort et de la résurrection du Seigneur.
Ecoutons ces paroles inspirées que le pape Benoît XVI adressait aux jeunes réunis en Allemagne, lors de la Journée mondiale des jeunes 2005:
"Changeant le pain en son Corps et le vin en son Sang, Jésus anticipe sa mort, il l'accepte du fond du coeur et la transforme en un acte d'amour. La Crucifixion, qui ne serait pour un regard superficiel que violence et brutalité extrêmes, se révèle de l'intérieur comme un acte d'amour généreux absolu. Telle est, en effet, la transformation substantielle accomplie à la Dernière Cène, et dont le destin fut de déclencher une série de transformations conduisant en définitive à la transformation du monde annoncée par l'Apôtre: "Quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous" (cf. 1Co 15:28). En quelque sorte, les gens de toujours et de partout n'ont cessé d'attendre, au plus profond de leur coeur, la transformation du monde. Et voici maintenant, essentiel, l'acte transformateur central qui seul peut vraiment transformer le monde: la violence transformée en amour et la mort transformée en vie (Cologne - Marienfeld, dimanche 21 août 2005)".
Ainsi, toute Eucharistie est-elle le mémorial de l'amour de Jésus et de ce qu'il a fait pour nous. Elle est aussi l'invitation à laisser transformer nos vies. "Faites ceci en mémoire de moi" a dit Jésus ce soir-là à ses disciples. Faire quoi? "Livrez votre vie aux autres, comme je l'ai fait. Vivez comme j'ai vécu. Soyez le pain rompu pour les autres, le sang répandu pour les autres". "Faites ceci en mémoire de moi": c'est une recommandation qui associe les disciples à sa mission et à sa manière de vivre. Pour conserver la mémoire de Jésus, les disciples ne doivent pas seulement répéter la célébration rituelle de la Dernière Cène. Ils sont également invités à se comporter comme Jésus, à vivre comme il a vécu, à aimer comme il a aimé; à mourir pour devenir la nourriture qui donne la vie aux autres, comme l'a fait Jésus. Le lavement des pieds des apôtres, en cette même sainte veillée, met aussi l'accent sur la même leçon: la vie d'un disciple de Jésus est censée être mise tout entière au service de l'amour des autres.
L'observation attentive de Jésus nous fait comprendre le sens de notre propre vie. Il est le modèle, l'idéal, l'être humain parfait.
En réalité, le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné (Gaudium et Spes, 22).
Notre vie doit être eucharistique, tout comme la vie de Jésus l'était. Cela ne veut pas dire qu'il nous faut être tout le temps à la messe, mais bien que nous devions vivre comme le Christ. Nous devons avoir le même coeur que lui, en offrande permanente de notre personne au Père. C'est ce que le pape Jean Paul II voulait dire quand il demandait aux Secrétaires nationaux de l'Apostolat de la prière du monde entier d'être eux-mêmes des chrétiens dont la vie soit modelée par l'Eucharistie (Rome, 1985). Nous sommes appelés à mener une vie eucharistique, en ce sens que nous sommes appelés à vivre comme le Christ et à partager sa mission.
Ces affirmations à elles seules ne seront pas nécessairement reçues comme de bonnes nouvelles, et moins encore comme des sources d'espérance, car il est extrêmement difficile - et nous sommes tous d'accord là-dessus - de vivre comme Jésus l'a fait. C'est tout simplement au-delà de nos capacités. C'est clairement quelque chose que les disciples n'ont pas été capables de réaliser grâce à leur effort personnel. Cela a seulement été possible par la grâce de Dieu, par le don d'une transformation totale. L'Esprit Saint qu'ils ont reçu les a transformés d'hommes lâches et peureux qu'ils étaient, en valeureux témoins du Christ prêts à livrer leur vie pour lui.
Dans l'Eucharistie, l'Esprit Saint opère en nous donnant sa grâce. "Par la foi, nous seulement nous sommes instruits du salut du Christ, mais nous le recevons réellement!" (Benoît XVI, Spe Salvi, 7). Tout comme le pain et le vin sont miraculeusement transformés par l'effusion de l'Esprit, - l'invocation de l'Esprit à la messe est ce que nous appelons "epiclesis" - de même le peuple de Dieu sera-t-il transformé en présence du Christ dans le monde. Il y a deux "epiclesis" à la messe, la première sur les dons et la seconde sur l'assemblée. Dans l'une comme dans l'autre, nous appelons l'Esprit Saint à venir opérer ces transformations. Telle est, en définitive, la finalité profonde de la messe: que l'assemblée soit transformée en Christ. Cette transformation se fera pour commencer dans le coeur de chaque chrétien qui reçoit Jésus selon son Verbe, son Coeur et son Esprit Saint. Mais ce n'est pas tout. A la fin de la célébration, l'assemblée est envoyée au dehors, porteuse du même Esprit, pour mettre en marche "une série de transformations qui conduiront en définitive à la transformation du monde quand Dieu sera le tout pour tous", de telle sorte que "la violence soit transformée en amour et la mort en vie" (Benoît XVI, JMJ 2004).
Il est nécessaire que nous revenions fréquemment sur le thème de la messe et de l'adoration eucharistique, parce que c'est là que nous retrouvons Jésus et que nous recevons de lui la force de vivre véritablement cette mission au sein du désordre de notre vie et de notre monde.
Le pape Jean Paul II nous offre un paragraphe magnifique dans sa lettre encyclique intitulée L'Eglise puise sa vie dans l'Eucharistie (N°. 60):
"Tout engagement à la sainteté, toute activité visant à la réalisation de la mission de l'Eglise, toute tâche de programmation pastorale doivent rechercher la force qui leur est nécessaire dans le mystère eucharistique et doivent en retour être dirigés vers ce mystère qui est leur point culminant. Dans l'Eucharistie, nous trouvons Jésus, son sacrifice rédempteur et sa résurrection, le don de l'Esprit Saint qui lui a été fait, ainsi que son adoration, son obéissance et son amour du Père. Si nous négligions l'Eucharistie, comment pourrions-nous surmonter notre propre faiblesse?".
Bien. Nous pouvons maintenant résumer comment l'Eucharistie est vraiment une source première de notre espérance. Comment cela se fait-il? Tentons de répondre en six points.
Un. Si l'Eucharistie est une source d'espérance, c'est fondamentalement parce que Jésus est la source de notre espérance. Nous trouvons dans l'Eucharistie la présence réelle de Jésus, une présence joyeuse et aimante, qui est là pour nous. Cela devrait suffire pour soutenir que l'Eucharistie est pour nous source permanente d'espérance. Il est là, il vient à nous sous une forme cachée, mais dans la pleine gloire de sa présence vivante. Rien ne saurait davantage nous combler d'espérance que d'être tout simplement avec lui.
Deux. Nous savons maintenant que nous célébrons, dans l'Eucharistie, toute la signification de la vie de Jésus révélée dans le mystère pascal. Il s'est entièrement dépeint dans ce qu'il a dit et fait ce soir-là, lavement des pieds des apôtres compris. Nous avons compris que sa vie fut toujours et en tout eucharistique, dans une attitude permanente de don de soi. Son coeur a toujours été une offrande d'amour à son Père.
Trois. La contemplation de la vie eucharistique de Jésus nous fait comprendre le sens que notre propre existence doit revêtir.
Quatre. L'Eucharistie a le pouvoir de nous transformer à la ressemblance de Jésus, par l'invocation du Saint-Esprit. Les sacrements rendent présents l'ensemble des événements qu'ils commémorent, à savoir la présence du Christ en son mystère pascal. C'est réellement lui qui entre dans nos vies, par sa mort et sa résurrection, et qui donne à toutes les choses un sens nouveau. Ainsi, trouvons-nous dans l'Eucharistie beaucoup plus qu'une simple intelligence de la signification de notre vie.
Cinq. L'Eucharistie nous envoie dans le monde pour que nous le transformions. En d'autres termes, l'Eglise collabore à l'édification du royaume de Dieu et c'est là une source importante de notre espérance. Nous pouvons mettre notre espoir dans l'avènement de la justice et de la paix dans la mesure ou des chrétiens de plus en plus nombreux sont modelés à l'image et à la ressemblance de Jésus, apportant l'amour et la miséricorde là où régnaient l'égoïsme et l'intolérance. Nous entraînons notre coeur à imiter celui de Jésus, nous apprenons à nous soucier des personnes dont Jésus se souciait, et à nous battre en faveur des causes pour lesquelles il s'est battu. Nous oeuvrons à son exemple, avec lui et en lui, pour le bien de ce monde mal en point.
Six. L'Eucharistie est source d'espérance parce qu'elle est source de force. Dans notre faiblesse, nous pouvons toujours trouver dans l'Eucharistie la force de surmonter les difficultés quotidiennes et les tentations qui attristent notre vie.
Je pourrais en rester là, car j'ai répondu aux questions posées pour commencer. Mais il y a autre chose.
Dans l'Eucharistie, nous sommes invités à nous laisser transformer par l'Esprit Saint et puis à aller vers le monde pour le transformer. Lorsque les choses se passent effectivement ainsi, la définition de l'Eucharistie proposée au Congrès eucharistique du Québec, 2008 "Un don de Dieu pour la vie du monde" est sûrement applicable. Mais, comment ouvrir nos coeurs à l'accueil quotidien de ce don? Comment Dieu va-t-il accomplir cette transformation de ma vie et de la vie du monde? Existe-t-il un moyen pratique de maintenir notre vie unie à celle de Jésus? Est-il possible de mener une vie véritablement eucharistique?
C'est ici qu'entre en jeu l'Apostolat de la prière, qui nous enseigne une manière de mener notre vie en restant toujours attachés jour après jour à cette source d'espérance qu'est l'Eucharistie, et pas seulement quand nous assistons à la messe.
Quelle est la pratique de base de l'Apostolat de la prière? La pratique fondamentale de dévotion des membres de l'Apostolat de la prière n'est autre, par la prière, que l'offrande quotidienne de notre vie à Dieu.
Quel est le sens de cette prière? Pour commencer notre journée, nous offrons notre personne à Dieu et lui demandons que chaque instant de ce jour puisse être vécu en union avec le Coeur de Jésus. Tel le prêtre célébrant qui dépose le pain et le vin sur l'autel, nous déposons notre vie entre les mains du Père. Le célébrant présente les offrandes et demande au Père d'envoyer son Esprit Saint de sorte que celles-ci puissent devenir Jésus lui-même. De même, chaque matin, nous demandons à l'Esprit Saint de descendre sur notre vie et de la modeler à l'image de Jésus. Nous offrons nos joies et nos peines, nos oeuvres et nos prières, tout ce que nous allons penser, dire ou faire ce jour-là. Nous lui disons notre volonté de voir notre journée entière transformée, de sorte que nous la vivions pour lui et avec lui. Nous vivons notre sacerdoce baptismal, "par l'offrande de notre personne comme une victime vivante, sainte et agréable à Dieu que nous adorons" (Rm 12:1). Cette citation tirée des Ecritures fait référence au caractère d'offrande eucharistique de notre propre vie.
La prière d'offrande quotidienne ne constitue pas, en réalité, une promesse de ce que nous allons faire, tant il est vrai que nous connaissons notre faiblesse et ne sommes pas en mesure de garantir les résultats de nos activités du jour. Toutefois, elle est la manifestation sincère de ce que nous désirons faire. Nous n'aspirons à rien de moins qu'à mener une vie sainte pendant toute cette journée. Notre prière quotidienne exprime notre très sincère désir de vivre selon la volonté de Dieu et dans le coeur de Jésus. C'est pourquoi nous demandons que le Saint-Esprit soit notre guide plutôt que nos propres tendances égocentriques.
Voilà comment, par la pratique constante de l'offrande personnelle, nous apprenons à vivre l'intégralité de notre vie en Eucharistie. La messe commencera donc pour nous le matin au moment de l'éveil et continuera tout au long de la journée tandis que nous faisons l'offrande de toute chose au Père, unis à l'offrande parfaite de Jésus. L'Eucharistie est "un mystère à vivre", disait le pape Benoît XVI dans Sacramentum Caritatis N°. 71:
"Le nouveau vécu du christianisme inclut et transfigure tous les aspects de la vie: "Soit que vous mangiez, soit que vous buviez ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu" (1Co 10:31). En toutes leurs activités, les chrétiens sont appelés à rendre un culte authentique à Dieu. C'est ici que la nature intrinsèquement eucharistique de la vie chrétienne commence à prendre forme. Du fait qu'elle embrasse l'existence des fidèles dans ses aspects concrets et quotidiens, l'Eucharistie ouvre jour après jour une possibilité à la transfiguration progressive de tous ceux qui sont appelés par la grâce à reproduire l'image du Fils de Dieu (cf. Rm 8:29 et sq.). Rien de ce que qui est authentiquement humain, qu'il s'agisse de nos pensées ou de nos sentiments, de nos paroles ou de nos actes, ne peut manquer de trouver dans le sacrement de l'Eucharistie la forme qui lui convient pour être pleinement vécu. Nous voyons bien ici l'immense importance humaine de la nouveauté radicale que le Christ apporte dans l'Eucharistie: le culte divin ne peut pas, dans notre vie, être réduit à quelque chose de privé, d'individuel, car il tend, par sa nature même, à imprégner tous les aspects de notre existence. Le culte qui plaît à Dieu est donc celui qui prend la forme d'une manière nouvelle de mener notre vie et de donner une élévation nouvelle à chaque instant, désormais vécu comme un moment de notre relation avec le Christ et comme une offrande faite à Dieu. La gloire de Dieu est l'homme vivant (cf. 1Co 10:31); et la vie de l'homme est la vision de Dieu".
Comme nous autres, apôtres de la prière, sommes des pécheurs, nous ne sommes pas capables de hausser la qualité de notre journée au niveau de la généreuse offrande faite le matin même. Chaque soir, nous faisons notre examen de conscience, nous passons la journée en revue, afin de discerner d'abord ce que Dieu a fait du don que je lui ai offert au début du jour. Certes, nous revoyons aussi ce que nous avons fait de mal, mais il est plus important de voir ce que Dieu a bien fait. Nous le remercions, nous implorons sa miséricorde et lui demandons de nous aider à corriger ce qui est mauvais. Le jour suivant, nous recommençons, remettant encore une fois notre vie entre ses mains.
Penchons nous maintenant sur le rapport qui existe entre tout ce que nous avons dit précédemment et le coeur du Christ. Au point où nous en sommes, l'évidence de cette connexion nous apparaît certainement en toute clarté. Toute la vie de Jésus était centrée sur l'offrande de son coeur à son Père. Les paroles de l'Eucharistie, comme nous l'avons déjà dit, résument toute l'existence de Jésus et traduisent ce qu'il avait en permanence dans un coeur qui n'a cessé d'être offert pour l'amour de son Père et pour l'amour de ses frères et de ses soeurs.
Quand nous vivons l'Eucharistie en nous appuyant sur l'offrande quotidienne, nous alignons notre vie sur l'attitude de don de soi qui a toujours été présente dans le coeur de Jésus. Dans la messe, nous recevons l'Esprit Saint qui oeuvre à la transformation de notre coeur à la ressemblance de celui de Jésus. Mais ce n'est pas tout.
Jésus a donné sa vie, son corps et son sang pour l'amour de nous tous. Il est mort pour rassembler toute la famille de Dieu. Nous nous rassemblons tous en son cour; chacun y a sa place; nous sommes tous les bienvenus. C'est en son coeur qu'il offre à son Père l'humanité entière en même temps que sa propre personne. Quand nous prononçons notre offrande (eucharistique) matinale, nous présentons à son coeur notre famille, nos voisins, notre travail, les pauvres, bref toute l'humanité. L'Eucharistie donne en quelque sorte un avant-goût du banquet céleste de toutes les nations, de tous les peuples, assemblés et abrités sous la protection aimante de Dieu. L'autel eucharistique est le lieu de convergence de tous les peuples vers le coeur de Jésus. Nous-mêmes, en revanche, sommes renvoyés de l'Eucharistie vers le monde, avec Jésus, pour approcher son coeur de tous ceux qui en ont besoin.
Permettez-moi un dernier mot sur la raison pour laquelle nous prions aux intentions du Pape. Jésus est présent dans l'Eucharistie, donnant sa vie pour le salut de l'humanité et pour les intentions de prière du monde entier. Ces intentions se concrétisent, en ce qui nous concerne, dans les intentions mensuelles du Pape. En effet, personne mieux que lui ne sait où l'Eglise, aujourd'hui, doit concentrer ses préoccupations et son action missionnaire. Quand nous nous efforçons de vivre nos journées selon la volonté divine, nous ne faisons que mettre rigoureusement en pratique dans notre petit coin du monde la mission confiée à l'Eglise. Quand nous prions pour les principaux sujets d'actualité qui inquiètent le Saint-Père, nos coeurs se dilatent à la dimension du monde et du coeur de Jésus. L'Apostolat de la prière intègre notre vie personnelle et notre prière à la mission et à la prière de toute l'Eglise.
Disons, pour conclure, que Jésus, source unique de notre espérance, s'approche de nous dans l'Eucharistie. C'est ici que nous reconnaissons son coeur livré pour nous tous. Nous pourrions donc conclure en disant que cet exposé intitulé "L'Eucharistie, source première de notre espérance" aurait également pu s'appeler: "Le Coeur de Jésus, source première de notre espérance", sachant que l'un et l'autre titre annoncent un seul et même contenu.
Gloire soit à Jésus et à son coeur aimant, ouvert à nous autres pécheurs avec miséricorde, et nous invitant à vivre en son amitié.
A Lui, honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen.
Discours-programme prononcé le 3 juillet 2008
par Claudio Barriga, S.J.
à la Convention régionale de l'Apostolat de la prière
en la cité de Naga, région de Bicol, Philippines
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Dans son dernier discours à Rome, peu de temps avant d’être frappé d’hémorragie cérébrale, le Père Pedro Arrupe signalait ceci:
«Dans la spiritualité du Coeur de Jésus palpite une expression symbolique de l’esprit chrétien le plus profond, d’une efficacité extraordinaire pour notre propre perfectionnement et pour la fécondité apostolique.
Si vous voulez un conseil, le voici: cette dévotion au Coeur du Christ renferme une force immense qu’il revient à chacun de nous de découvrir, si nous ne l’avons déjà fait, et d’enraciner en l’appliquant à notre vie personnelle, de telle sorte que le Seigneur nous l’inculque et nous l’accorde. Il s’agit d’une grâce extraordinaire que Dieu nous offre.
Ne succombons pas à la tentation de nous croire supérieurs à une dévotion qui s’exprime par un symbole ou par une représentation graphique de ce symbole.
Ne nous unissons pas aux sages et aux prudents de ce monde, à qui le Père cache ses réalités mystérieuses, tandis qu’il les enseigne aux petits ou à ceux qui se sont faits petits.
Restons simples de coeur, condition première d’une conversion profonde: «si vous ne devenez pas comme les petits enfants…». Ce sont les mots du Christ, que nous pourrions ainsi traduire: si vous voulez entrer en tant que personnes dans les trésors du Royaume et contribuer à son instauration avec une efficacité extraordinaire, faites-vous vous-mêmes pauvres comme les pauvres que vous désirez servir.
Il a été dit et répété que les pauvres vous ont enseigné davantage que beaucoup de livres. Apprenez d’eux cette leçon très simple: reconnaissez mon amour dans mon coeur».
Face aux circonstances multiples et changeantes que vit l’Eglise actuelle, la figure de Jésus s’impose comme le modèle à très nombreuses personnes en quête du sens de leur vie et de l’espérance qu’elle promet. Nous pouvons aussi découvrir en cette recherche une nouvelle orientation palpable, applicable à notre réalité actuelle, - découverte qui naît plus de la contemplation de la vie de Jésus que de sa mort.
La rédemption de Jésus jaillit de son coeur blessé, qui est une source féconde de joie et de vie. Nous pouvons aussi prendre conscience de cette dynamique dans l’effort de nos recherches et dans l’observation des dimensions sociales libératrices dans nos sociétés: la vie malgré la mort, l’espérance malgré le désespoir, le sens malgré le non-sens, l’intérêt d’un grand nombre malgré l’égoïsme de quelques-uns, les droits des exclus malgré le confort des privilégiés…
Voilà quel est, nous pouvons le dire, le coeur de la spiritualité de l’Apostolat de la Prière: le Coeur même de Jésus, palpitant comme le dit le Père Arrupe, d’une efficacité extraordinaire, qui engendre une force immense, profonde, féconde… C’est cette spiritualité du Coeur de Jésus qui nous lance, malgré les défis qu’elle nous pose, dans l’espérance et dans le service, en usant des simples moyens dont l’Apostolat de la Prière dispose en Equateur.
L’Apostolat de la Prière en Equateur existe depuis plus de cinquante ans et son histoire est marquée par une distribution et une diffusion de matériel en quantités énormes. Cependant, et quoiqu’il en soit d’une histoire longue et fructueuse, cet article n’a pas d’autre ambition que d’esquisser le scénario des défis et des rêves actuels de cet Apostolat.
Les moyens
Le message que l’Apostolat de la Prière diffuse actuellement est inscrit sur une feuille de dimension A5 (21×15 cm). Il comporte quelques modifications du message reçu, introduites pour répondre aux requêtes et aux nécessités des personnes auxquelles il est destiné.
Ce matériel est réparti entre les personnes assistant aux célébrations eucharistiques, qui l’emportent à leur tour dans leurs foyers et qui le lisent aux personnes du troisième âge, aux personnes seules, aux personnes malades ou invalides. Compte tenu du profil de son lectorat, il a été jugé nécessaire d’agrandir les dimensions de la typographie de la feuille de l’Apostolat afin d’en rendre la lecture plus aisée. Un raisonnement semblable a présidé à la décision d’imprimer la feuille en couleurs.
L’Apostolat de la Prière en Equateur organise la distribution de son matériel à partir des deux grands axes de Quito et de Guayaquil, dans l’intention de couvrir tout le territoire national. Toutefois, la couverture effective est fondamentalement limitée, jusqu’à présent, aux zones où la présence de la Compagnie de Jésus est assurée, c’est-à-dire dans cinq provinces: trois de la montagne et deux de la côte.
C’est ainsi qu’à partir de la ville de Quito, approximativement 12.000 exemplaires de la feuille sont distribués, et à peu près 18.000 à partir de Guayaquil, soit au total 30.000 feuilles à l’échelle nationale.
Ce matériel tout simple présente les éléments fondamentaux de la spiritualité du Sacré-Coeur de Jésus, en laquelle l’Apostolat de la Prière se reconnaît spécialement:
- Page 1: Couverture: images qui renvoient à l’Intention générale du mois, et qui mettent l’accent sur les scènes de la vie quotidienne, avec des personnes communes, dans des activités communes. Il y a en plus un titre qui fait référence, d’une manière pas toujours littérale, à l’énoncé de l’Intention générale.
- Pages 2-3: La Parole de Dieu pour chaque jour: information sur la vie des saints; extraits du psaume et du texte correspondant du Nouveau Testament; brève citation de la lecture principale du jour, qui peut elle-même être travaillée en tant que prière.
La prière de l’offrande de chaque jour.
- Page 4: Intention générale et Intentions missionnaires, avec un commentaire du Pape sur l’Intention générale.
- Figurent enfin sur la feuille quelques adresses électroniques de pages web dont nous nous permettons de recommander la consultation.
- En complément de ce matériel, ont été publiées aussi des fiches reprenant l’information suivante:
- «Prenez et recevez», la prière d’Ignace
- Prière de l’Offrande quotidienne
- Prière de l’ «Ame du Christ»
- Prière du Père Arrupe sur «notre mode de procéder»
- Mini-affiches avec les couvertures des Intentions générales, et, au verso, la prière de l’offrande quotidienne.
Les défis
Ces jours-ci, j’ai lu beaucoup de choses sur l’AP, ses statuts, lettres, recommandations, rencontres, initiatives, communications, la ‘feuille de route’ et des livres sur la spiritualité du Sacré-Coeur de Jésus…
Textes inspirés, beaux et profondément motivants! J’en suis arrivé à me demander ce que je pourrais bien ajouter à tout cela sur le service que l’AP cherche à offrir en Equateur avec les simples moyens dont il dispose.
Je ne veux pas encore ajouter de la théorie aux quelques lignes déjà écrites, ni redire ce qui a déjà été dit. En fait, mon idée est de tenter la démarche inverse, non pas de l’AP vers les gens, mais bien des gens vers l’AP. Il s’agirait de partir des personnes communes et courantes, souvent résignées, malheureuses, fatiguées, et de se demander comment ces vies pourraient entrer dans la lumière de l’espérance avec l’aide de l’Apostolat de la Prière.
Mon offrande quotidienne, en transformant ma vie, est un chemin de sainteté
Il y a quelques mois, alors que nous retournions à la maison avec ma famille, nous avons remarqué au bord de la route une femme d’humble apparence qui montait à pied, en peinant. Il était près de midi, sous un soleil brûlant. La zone où je vis est encore peu habitée, et nous n’avons pas de service de transport public régulier par là-bas. La dame portait sur les épaules une petite fille qui pouvait avoir environ six ans.
Dieu, notre Père,
Je t’offre ma journée.
Je t’offre mes prières,
mes pensées et mes paroles,
Nous l’avons invitée à monter, car la route était encore longue avant d’arriver à la région habitée. Dans le véhicule, nous lui demandons où elle va. Elle répond qu’elle va à l’INNFA (Institut National de l’Enfant et de la Famille), afin que la petite fille y reçoive des soins.
La petite est atteinte de paralysie cérébrale et sa maman espère que les thérapies que l’enfant reçoit le lundi, le mercredi et le vendredi seront utiles et, comme la petite est à peu près incapable de marcher, elle la porte sur ses épaules.
Cette personne vivait, nous raconta-t-elle, dans un petit village voisin et elle effectuait à pied ces trois parcours hebdomadaires jusqu’à l’endroit où elle pouvait prendre un bus et arriver à l’hôpital. Le retour se passait de la même manière: en bus, puis ensuite à pied, avec la petite sur son dos. Il lui fallait une heure et demie pour arriver, et tout autant pour revenir.
mes oeuvres, mes joies et mes peines,
en union avec ton Fils Jésus-Christ,
qui continue de s’offrir à Toi
dans l’Eucharistie
pour le salut du monde…
Elle gagnait sa vie en lavant du linge, toujours accompagnée de sa petite. N’y avait-il pas son époux, quelque fils aîné ou un parent qui pouvait l’aider? Personne. Son époux – ou son compagnon? Il l’avait abandonnée depuis longtemps, bien qu il n’ait jamais été d’une grande aide; il était alcoolique. Elle avait bien un autre fils, oui, mais qui souffrait d’épilepsie; et alors, tandis qu’elle lessivait ou qu’elle allait aux thérapies, elle le laissait enfermé dans sa chambre, « en offrant » qu’il ne lui arrive rien, qu’il n’ait pas de crise en son absence.
Que l’Esprit Saint,
qui a guidé Jésus,
soit mon guide et ma force en ce jour,
et que je sois le témoin de ton Amour.
Nous sommes restés accablés à la découverte de tant de disgrâce et de malheur, mais en même temps impressionnés par l’immense trésor d’amour et d’espérance dans la vie que cette mère nous dévoilait, et qui lui ont valu notre souvenir reconnaissant…
Avec Marie,
la mère du Seigneur et de l’Eglise,
je prie spécialement
aux Intentions que le Saint-Père
recommande à la prière de tous les fidèles ce mois-ci.
Les personnes qui ne tentent pas de se maintenir étroitement en contact personnel avec Dieu éprouvent souvent le sentiment qu’elles ne méritent pas de traiter avec Lui. Il leur semble que leur vie ou ce qu’elles peuvent en offrir ne saurait être une matière digne de prière, et moins encore d’offrande. Or, la prière quotidienne revendique l’essence la plus purement humaine et divine de nos vies: ce que je pense, ce que je dis, ce dont je souffre, ce qui me réjouit… tout est prière pour mon propre salut et pour le salut du monde dans lequel je vis.
Que dire à Dieu? Comment prier avec Lui? Voilà des questions que ressassent ceux qui considèrent que le thème de la prière s’élève à des hauteurs impliquant des préparations compliquées et sublimes bien supérieures à leurs capacités propres. Et toi, au lever du jour, t’arrive-t-il de ne savoir que dire à Dieu ni quoi lui offrir? Offre juste cela: le jour que nous allons vivre, simple et merveilleux à la fois, plein de Dieu et de ses dons.
La spiritualité trinitaire de l’AP est synthétisée dans cette prière, dans cette offrande quotidienne, tout comme le «Prenez Seigneur et recevez» synthétise toute la spiritualité ignatienne, trinitaire elle aussi.
Le Seigneur reçoit mon offrande, et sa grâce me touche à travers l’Esprit Saint. Je suis touché par cette même main aimante qui a accompagné Jésus, et ce contact renouvelé et partagé quotidiennement exige de moi une attitude plus cohérente avec les plans de Dieu.
De l’attente de succès extraordinaires et de miracles, le dévot passe alors à l’exercice d’une vie plus engagée, plus cohérente avec notre propre demande: «afin que je puisse être le témoin de ton Amour».
A partir du moment où nous discernons le sens de notre vie et que nous assumons la responsabilité du contenu de nos journées, de ce que nous en faisons ou que nous n’en faisons pas, notre vie se transforme. Le scénario de l’ «incarnation» du Royaume s’identifie à notre propre vie et aux gestes que nous posons, jour après jour, envers notre prochain.
Soyons clairs: la sainteté, cette chose qui nous semble si lointaine, irréalisable, si difficile à atteindre, a pour point de départ une disposition élémentaire à l’espoir d’une vie sainte.
Une définition très simple dit de la sainteté qu’elle est «sans tache et sans faute». L’AP, justement, propose de laver nos taches et d’effacer nos fautes, avec la grâce de Dieu. Le contact rapproché avec notre Créateur, l’insertion de Jésus dans l’histoire, et la réalité des problèmes sociaux, politiques, éthiques, économiques que les gens vivent au jour le jour nous amènent à devenir les ouvriers de l’édification du Royaume. et c’est à partir de notre oeuvre, avec toutes les frustrations et les défis qu’elle implique, que s’ouvre notre chemin vers la sainteté.
En communion universelle de prière, nourris par le Christ dans l’Eucharistie
On la connaît sous le nom de Madame Anges, bien qu’elle ne s’appelle pas ainsi; elle s’appelle Gloria. Elle doit avoir près de 80 ans et vit dans la «Citadelle hospitalière». Où habiterait-elle, si ce n’est là? Un jour, il y a deux ou trois semaines de cela, alors qu’elle descend tout doucement la rue en s’appuyant sur son bâton fait d’un manche à balai, elle s’arrête devant une humble maisonnette près de la chapelle et appelle quelques enfants sortis en courant de chez eux dans l’espoir de recevoir les bonbons et les chewing-gum qu’elle tire d’un papier journal méticuleusement plié. Elle va à la messe de 18h30.
Dieu, notre Père,
je t’offre ma journée.
Je t’offre mes prières,
mes pensées et mes paroles,
Après l’Eucharistie, nous lui proposons de la ramener chez elle où elle vit avec sa fille qui tient un petit magasin (d’où les bonbons). Pendant le trajet, elle nous parle de la merveille que représente le fait de pouvoir aller tous les jours à la messe, de participer à la communion, et du fait que Jésus se rend avec elle dans son petit chez soi, comme elle dit. Et quoique nous n’ayons pas été plus de huit personnes à avoir assisté à l’Eucharistie, elle se montre gaie, très gaie.
mes oeuvres, mes joies et mes peines,
en union avec ton Fils Jésus-Christ,
qui continue de s’offrir à Toi
dans l’Eucharistie,
pour le salut du monde…
Elle parle constamment et à tout le monde de la présence et de la compagnie des anges, pour qui elle a une grande dévotion. Elle dit que ce sont ses compagnons inséparables. En l’écoutant et en la voyant agir, je sens que cela doit être vrai, car c’est précisément en raison de sa persistance qu’on l’appelle ainsi: Madame Anges…
Madame Anges collabore avec l’AP, elle répartit avec zèle et diligence cinquante petites feuilles chaque mois, une par une, distribuant en chacune d’elles une petite miette de Dieu, comme elle dit.
Que l’Esprit Saint,
qui a guidé Jésus,
soit mon guide et ma force en ce jour,
pour que je sois le témoin de ton Amour.
Je ne peux manquer de me souvenir d’Ignace proposant le premier préambule de la Contemplation pour parvenir à l’amour: «me voir en présence de Dieu notre Seigneur, des anges et des saints qui intercèdent pour moi».
vec Marie,
la mère du Seigneur et de l’Eglise,
je prie spécialement
pour les Intentions que le Saint-Père
recommande à la prière de tous les fidèles ce mois-ci.
Message pour beaucoup, à qui il ne reste pas de temps pour prier: pour cet exercice si passif et si ennuyeux, pour cette évasion et cette désillusion. Et il faut s’occuper des enfants et de la famille, se divertir, gagner sa vie, la perdre, se disputer et s’aigrir, et affronter tant et tant de difficultés qu’il ne reste plus de temps pour prier.
Quelles sont nos certitudes? L’une d’entre elles devrait être la communion universelle dans la prière, nourris par le Christ à partir du monde et avec le monde.
Réconciliés avec le Christ dans le sacrement de la pénitence
Son époux gagnait sa vie en réparant des chaussures, elle s’occupait de la maison et de ses filles. La vie d’un cordonnier est dure et difficile, pire encore s’il tombe malade. Chez cet homme jeune un cancer du foie fut détecté et il mourut en peu de temps.
Miriam resta veuve, avec deux enfants. Elle lave du linge, arrange des jardins, coud des vêtements, et elle en fait autant qu’elle peut pour subvenir aux besoins de sa famille.
Nous voulons organiser une petite fête pour mon fils. Mais quelle fête peut-il y avoir sans marmites enchantées? Comme nous savons que Miriam, la veuve, vend aussi des marmites enchantées, nous allons lui en acheter une douzaine. Les marmites en terre cuite s’achètent décorées de papiers de couleur et de serpentins, de petits yeux, d’oreilles, comme des animaux ou des personnages de caricature. Puis on les remplit de bonbons et de petits jouets.
Dieu, Notre Père,
je t’offre ma journée.
Je t’offre mes prières,
mes pensées et mes paroles,
Les marmites qu’elle nous offre sont de formes et de couleurs variées et criardes, contrastant avec l’austérité et la pauvreté de sa petite maison. Le prix des marmites nous remue: elle les vend à un dollar pièce. Comment peut-elle subsister en gagnant si peu? Pour nous les vendre à un dollar, elle doit sortir en bus pour acheter les marmites sans décorations au marché de Sangolquí, revenir chargée de marmites dans un autre bus, en espérant qu’aucune d’entre elles ne se brise. Puis acheter du papier, du bristol, des serpentins, des petits yeux, des nez, et peindre, doubler, coller, froncer, coudre…
mes œuvres, mes joies et mes peines,
en union avec ton Fils Jésus-Christ,
qui continue de s’offrir à Toi
dans l’Eucharistie,
pour le salut du monde…
Les marmites sans décoration ne doivent pas coûter moins de 50 centimes pièce, et il faut ajouter à cela les autres matériaux: bristol, couleurs, colle, serpentins, ainsi que son propre travail et les coûts de transport. Combien Miriam gagne-t-elle par marmite? 25, 30 centimes? C’est-à-dire que son gain est d’environ trois dollars pour deux jours de travail, tout en cuisinant, en lavant, en brossant et en s’occupant amoureusement de ses deux fillettes…
Que l’Esprit Saint,
qui a guidé Jésus,
soit mon guide et ma force en ce jour,
pour que je sois le témoin de ton Amour.
Elle vit en paix, ça se voit; elle est parfois triste, mais elle rit aussi, réconciliée avec la vie depuis ses pénitences, portant Dieu dans son coeur, gagnant sa vie de façon honorable et digne, malgré la tristesse et la solitude.
Avec Marie,
la mère du Seigneur et de l’Eglise,
je prie spécialement
pour les Intentions que le Saint-Père
recommande à la prière de tous les fidèles ce mois-ci.
À l’exemple de Marie
En quittant mon bureau, je m’arrête, comme si souvent, pour admirer les portraits des jésuites assassinés à El Salvador, et je regarde notamment, parmi eux, les portraits de deux femmes. Le sentiment me vient au coeur que cette présentation rend justice à la réalité de la vie et de la mort intimement partagée quotidiennement par des hommes et des femmes, et à la vérité de souffrances et de sacrifices moins patriarcaux et plus humains, pour ainsi dire. C’est un peu comme de recevoir un coeur complet, avec ses ventricules et ses oreillettes, opposés mais complémentaires, distincts mais nécessaires, coresponsables d’une même palpitation de vie et d’espérance, reçus ainsi par le Seigneur: en faisant de toute ma vie une prière!
Amen
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Il est vrai que la dévotion à la Miséricorde Divine a pris racine dans le peuple dévot. Le fait que beaucoup d’éléments de la dévotion plus traditionnelle au Sacré-Coeur de Jésus subsistent dans les coeurs de nombreuses personnes constitue une réalité. Cela ne doit pas surprendre, puisqu’elle est ancrée dans le «secret d’amour» qui a rendu évidente la fécondité de la source jaillissant du côté déchiré et ouvert «afin que vous aussi vous croyiez» (Jn 19,35).
Il est évident que dans les deux instances, l’attention dévote des fidèles converge vers le Coeur du Rédempteur, mais il saute également aux yeux que le message et ses icônes respectives diffèrent. Il est naturel que nous souhaitions mieux comprendre dans quelle mesure, jusqu’où et pourquoi cela s’avère. Je partage avec vous ci-après ma lecture concernant les convergences et les divergences les plus marquées, ainsi qu’une première tentative de les évaluer, dans la recherche d’une synthèse du message que les deux traditions nous communiquent.
1. Coïncidences et nuances de caractère général:
1. Les deux traditions reçoivent l’une et l’autre leur impulsion d’une révélation privée à une religieuse.
La première coïncidence, la plus évidente, est que les deux courants de dévotion influencent massivement le peuple croyant, sous l’impulsion d’une révélation privée du Seigneur à une jeune religieuse.
- La dévotion traditionnelle au Sacré-Cœur, à la suite de sainte Marguerite Marie Alacoque, à Paray-le-Monial, France (1647 – 1690).
- La dévotion à la Miséricorde Divine, à la suite de sainte Marie Faustine Kowalska (1905 – 1938).
2. Les deux messages coïncident en ce qu’ils nous appellent à placer une confiance totale et illimitée dans l’infinie compassion et miséricorde que nous découvrons dans la source du Coeur du Rédempteur.
- L’oraison jaculatoire populaire, appelée miraculeuse, «Sacré-Coeur de Jésus, j’ai confiance en vous», ne tire pas son origine de sainte Marguerite directement, mais plutôt du vaste courant de spiritualité qui a influencé très nettement la piété catholique, particulièrement aux XIXe et XXe siècles. Sans se convertir en un aspect tout à fait essentiel du message reçu du Seigneur dans le cas de soeur Faustine, les références à la confiance et à l’espérance avec lesquelles nous devons nous tourner vers le Coeur de Jésus, abîme insondable de miséricorde, affleurent continuellement aussi dans les écrits de sainte Marguerite.
- «Jésus, j’ai confiance en toi», le bas de page que le Seigneur demande explicitement à sainte Faustine d’inscrire dans ses tableaux et autres images marque de manière beaucoup plus décisive l’état d’âme spirituel hors duquel nous serions incapables de nous attacher à la Miséricorde Divine. Dans ce cas-ci, il s’agit d’un élément constitutif et indispensable; dans le cas précédent, il s’agit plutôt d’un résultat. Soeur Faustine ne cesse de nous le répéter: rien ne saurait offenser davantage le Seigneur que notre manque de confiance.
3. A l’une comme à l’autre, c’est Jésus ressuscité qui se manifeste.
- Marguerite: «…Jésus-Christ, mon doux Seigneur, s’est présenté resplendissant de gloire, avec ses cinq plaies qui brillaient comme autant d’autres soleils, des flambées sortant de tous les côtés de la Sainte Humanité. Elles jaillissaient surtout de son adorable poitrine, qui ressemblait à un four enflammé. S’étant ouvert, il me découvrit son Coeur très aimable et aimant, qui était la source vive des flammes».
- Comme nous l’avons observé ci-dessus, Faustine voit que de la poitrine du Seigneur revêtu d’une tunique blanche, jaillissent l’eau et le sang transformés en merveilleux rayons de lumière. «La source de ma miséricorde a été ouverte par le coup de lance que j’ai reçu sur la Croix. Les deux rayons qui sortent de mon côté représentent le sang et l’eau. Le rayon pâle, l’eau qui justifie les âmes; le rayon rouge, le sang qui les purifie; tous deux issus de la profondeur de ma miséricorde». «Depuis cette image, je vous regarde comme du haut de la Croix», ajoute postérieurement le Seigneur. Mais c’est Jésus ressuscité que Faustine contemple rayonnant devant elle.
4. Toutes deux reçoivent une mission d’une urgence vitale pour faire face aux difficultés de leurs moments historiques respectifs.
- «Je ne puis désormais contenir davantage le feu de ma charité», dit Jésus à sainte Marguerite. «Il se versera maintenant sur le monde à travers toi», etc. Nous savons que le fléau janséniste s’était abattu sur la chrétienté et le message de Paray fut pour des siècles l’antidote le plus effectif face à la froideur prévalente et récurrente dans les milieux ecclésiaux.
- En ces temps peu miséricordieux que l’humanité a dû vivre depuis l’aube de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours, si un remède nous fait défaut, individuellement et collectivement, c’est bien la Miséricorde Divine. Pour de si grands maux, le seul antidote effectif et guérisseur est la compassion divine: «L’humanité est anxieuse et ne trouvera pas la paix tant qu’elle ne se tournera pas avec confiance vers ma Miséricorde, le plus grand attribut de Dieu».
2. Divergences et nuances plus générales:
S’agissant de l’objet essentiel ou formel des deux dévotions, nous observons les divergences suivantes:
- Dans le message de soeur Faustine, la Miséricorde Divine elle-même est l’objet formel, en tant qu’attribut divin et trinitaire.
- Dans le cas du message de Paray, c’est la personne même du Verbe de Dieu incarné, Notre Seigneur Jésus-Christ.
Quant à l’objet matériel:
- Pour sainte Faustine: l’image même de la Miséricorde que le Seigneur lui a commissionnée.
- Pour sainte Marguerite: le coeur humain et physique de Jésus, tel que Notre Seigneur lui a montré.
En relation avec l’essence des deux dévotions:
- La confiance dans le cas de la Miséricorde Divine.
- Le pardon, la réparation et la consolation offertes au Sacré-Coeur, dans le cas de la révélation à sainte Marguerite.
(A propos de ces divergences, j’ai surtout été guidé par l’étude théologique que Jean Paul II avait commissionnée au Révérend Ignacio Rosycky, alors qu’il était encore archevêque de Cracovie).
Quant à ses exigences:
- Les exigences du message de Paray s’expriment surtout en termes de fruits de sainteté personnelle et de consécration au Coeur de Jésus, dans une attitude d’oblation et de réparation.
- La dévotion à la Miséricorde Divine inclut explicitement la pratique pro-active de la miséricorde envers le prochain, avec toutes ses exigences pratiques. Si cet élément fait défaut, le dévot s’exclut lui-même de la faveur particulière du Seigneur: «J’exige de toi des oeuvres de Miséricorde qui doivent surgir de l’amour envers Moi. Tu dois faire preuve de miséricorde envers ton prochain toujours et partout. Tu ne peux pas ne pas le faire, ni t’excuser, ni te justifier». (Journal 742).
Nous savons que la véritable dévotion au Coeur de Jésus a toujours été féconde en oeuvres remarquables de charité. De façon massive, en fait. Mais il s’agissait toujours de fruits produits naturellement dès lors que nous nous configurons sur le Coeur de Jésus, plutôt qu’en résultante d’une exigence explicite et programmatique.
Coïncidences et nuances particulières relatives aux pratiques:
Dans les deux cas, le Seigneur manifeste son désir que l’Eglise célèbre une fête spéciale.
- Il demande à Marguerite une fête exprimant le désir de compenser et de réparer les offenses si nombreuses dont nous accablons le Seigneur auquel nous devons tout, particulièrement l’amour. Cette fête existe et nous la célébrons annuellement - comme il nous l’a demandé – le vendredi postérieur à l’octave de la Fête-Dieu.
- A Faustine, il demande que soit fixée au dimanche après Pâques la célébration du «dimanche de la Miséricorde».
Le Seigneur demande à chacune des deux d’attribuer une attention particulière à certaines heures de la semaine ou de la journée.
- Il demande à Marguerite que le jeudi soir à partir de onze heures, elle soit disposée à l’accompagner et à participer à la tristesse qui l’a accablé au Gethsémani.
- Il demande à Faustine qu’elle fasse le plus grand effort pour l’accompagner quotidiennement, de trois à quatre heures de l’après-midi, dans le dessein d’être avec lui dans sa douloureuse passion et en souvenir reconnaissant de l’heure où il s’est éteint sur la colline du Golgotha.
Jésus demande à toutes deux de faire en sorte qu’une représentation graphique de son amour incarné parvienne entre les mains des fidèles.
- Avec une plus grande emphase et précision qu’à Marguerite, le Seigneur Jésus charge Faustine de ceci: «Peins une image selon le modèle que tu vois, avec une inscription dans le bas qui dise Jésus, j’ai confiance en toi». «J’ai vu le Seigneur Jésus vêtu d’une tunique blanche. Il avait une main levée pour bénir et de l’autre, il tenait la tunique blanche au niveau de sa poitrine. Deux grands rayons…, l’un rouge et l’autre pâle, jaillissaient de la poitrine par l’échancrure de la tunique». «J’offre à l’humanité un réceptacle avec lequel elle doit venir à la source de la miséricorde».
- Quant à Marguerite, il ne lui laisse que ressentir intérieurement et sans autres détails qu’il veut «bénir les lieux où l’image de son Coeur sera placée et honorée».
Toutes deux reçoivent la charge de propager un souhait salvateur du Seigneur, relatif à une pratique de dévotion favorisée par des bénédictions particulières.
- Dans le cas de sainte Marguerite: la communion réparatrice des premiers vendredis du mois.
- Dans le cas de sainte Faustine: le chapelet de la Miséricorde Divine.
Le Seigneur assure à toutes deux et il leur répète plusieurs fois qu’il ne manquera pas de bénir abondamment ceux qui les aident à propager la mission et la charge qu’elles ont reçues.
- Encore aujourd’hui, des centaines de milliers de copies des 12 promesses de bénédiction tirées des écrits de sainte Marguerite sont encore en circulation parmi les fidèles. Elles ont été imprimées pour la première fois en 1882, en Ohio, aux Etats-Unis.
- Les promesses du Seigneur à soeur Faustine sont encore plus connues: «Il n’y aura pas de juge, mais bien un Sauveur miséricordieux pour ceux qui propagent ma Miséricorde», etc. Des moyens de communication de masse, tels que EWTN privilégient effectivement et affectivement depuis des années le rayonnement et la propagation du message de la Miséricorde.
Les deux spiritualités sont nettement eucharistiques:
- «Offrez à Dieu les prières que le Sauveur prononce à notre place lors du sacrement de l’autel»: tel est l’encouragement que sainte Marguerite nous adresse. Il existe une relation très étroite entre la dévotion au Coeur de Jésus et des mouvements comme l’Apostolat de la Prière, qui encouragent chez les fidèles l’offrande de la vie, en union avec Jésus-Christ, qui continue de s’offrir pour nous au Père sur l’autel eucharistique.
- Le chapelet de la Miséricorde encourage puissamment chez les fidèles la conscience du sacerdoce commun qu’ils exercent en offrant «au Père le Corps et le Sang, l’âme et la divinité de ton Fils Divin, notre Seigneur Jésus-Christ, en rémission de nos péchés et de ceux du monde entier».
Divergences et nuances particulières relatives aux pratiques
Elles n’ont pas grande importance et ne sont pas très nettes. Je me limite à signaler celle-ci, relative à la prière du chapelet de la Miséricorde, qui fait partie des pratiques préférées des fidèles attachés au culte de la Miséricorde Divine et que je viens de distinguer dans le paragraphe précédent comme lieu de convergence eucharistique. Même ainsi, n’oublions pas qu’il s’agit d’une prière propitiatoire ou d’expiation pour les péchés de tous; une prière adressée au Père, laquelle invoque les mérites eucharistiques de la Passion de Jésus-Christ et implore sa miséricorde. La prière elle-même est un geste miséricordieux de la part de celui qui l’offre en faveur de tel ou tel bénéficiaire en particulier et de tous en général. En résumé, l’accent est nettement trinitaire. Même ainsi, Jésus, Miséricorde incarnée de la Très Sainte Trinité, est le médiateur de toutes ces grâces pour nous.
Observons, par conséquent, que l’accent mis sur la réparation des offenses personnelles que Jésus reçoit directement en son âme, en son Coeur, du fait de notre froideur et de nos outrages, particulièrement en référence au don de la sainte Eucharistie, se déplace dès lors qu’il s’agit du message de Paray.
Les répercussions historiques du message de Paray vont indiscutablement très au-delà: elles ne se limitent pas à l’aspect de la réparation faite au Seigneur Jésus pour les offenses que reçoit son amour ignoré et méprisé. Il est bien évident que le centre de notre attention dans le message que reçoit sainte Faustine est influencé par une autre nuance: «Rappelle-le à mon Père et invoque les mérites de ma douloureuse Passion, empare-toi avec confiance de ma miséricorde et partage-la généreusement en imitant ma compassion».
3. Tentative de synthèse et conclusions
Dans l’encyclique « Haurietis Aquas », Pie XII alla jusqu’à affirmer que nous trouvons dans la dévotion au Coeur de Jésus l’expression la plus complète de la foi chrétienne. Bien que le contenu du message pontifical déborde des limites du message de Paray-le-Monial, nous savons qu’il l’inclut, l’affirme et l’embrasse. En ce sens, nous devons reconnaître que nous serions en train de parler de Dévotion au Coeur de Jésus avec une majuscule, et par conséquent d’un message de plus vaste portée que celui qui nous parvient par sainte Faustine. Ceci dans une certaine mesure, car Faustine elle-même s’est nourrie de la dévotion au Coeur du Rédempteur, que «Haurietis Aquas» a reconnue et proclamée comme l’expression la plus parfaite de la vie chrétienne.
La deuxième affirmation est que la dévotion à la Miséricorde Divine, que nous transmet sainte Faustine, s’inscrit pleinement dans la grande dévotion au Coeur Transpercé du Rédempteur cultivée tout au long des siècles dans la vie de l’Eglise. Elle ne vient pas la compléter, mais bien la continuer, la fortifier et la propager, dans une perspective providentielle et avec un caractère d’urgence.
Je crois qu’elle ne la complète pas parce que sa richesse est insondable: «La largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de la charité du Christ qui dépasse toute connaissance» (Ep 3,18). Et Jésus lui-même continua à nous révéler le Père et sa Miséricorde.
Face à la révélation intentionnelle de la part de Jésus de l’amplitude et des exigences que sa Miséricorde pose à l’humanité à travers le message de sainte Faustine, je ne trouve pas d’autre réponse que celle de fléchir les genoux, avec saint Paul (Ep 3,14), et de me confondre respectueusement en actions de grâces.
En disant cela, je laisse entendre que je ne nourris pas de doutes et que je ne crois pas que nous devions en nourrir, sous prétexte qu’il s’agit de révélations privées. Le fait qu’avec la mort du dernier apôtre le contenu de la Révélation soit complet ne signifie pas que Dieu soit devenu muet et moins encore son éternelle Parole, Jésus-Christ, Notre Seigneur.
Les deux messages ont passé avec tous les honneurs l’examen responsable de l’autorité de l’Eglise inspirée selon la norme évangélique «vous les reconnaîtrez à leurs fruits» (Mt 7,16). Les deux fêtes ont été admises et les deux messages amplement approuvés, plus dans leurs lignes maîtresses que dans leurs détails, bien sûr. De par sa nature même, toute expérience mystique est conditionnée et limitée par la psychologie et autres qualités ou défauts de son bénéficiaire. Cela n’a pas empêché et n’empêchera pas le Seigneur de communiquer avec nous ou de nous charger de ce qu’il veut.
Comme je connais un petit quelque chose de sa miséricorde sans mesure, je ne m’étonne pas du tout qu’il ait voulu venir nous rappeler ce que nous oublions continuellement, ce que nous négligeons de pratiquer, ce qu’il nous faut affirmer et crier sur tous les toits: sa miséricorde compatissante qui veut illuminer notre nuit, notre désespoir et notre rejet obstiné de son amour et de son Evangile.
Jusqu’il y a peu de temps, il y avait un aspect du message de la Miséricorde qui ne parvenait pas à me convaincre tout à fait. Je posais affectueusement le problème au Seigneur en termes de questions rhétoriques: «Qui a besoin aujourd’hui de cette miséricorde que tu nous offrais à travers sainte Faustine? Aujourd’hui, ce n’est pas tant que l’humanité se méfie de Toi: elle t’ignore. Qui est en manque de ta Miséricorde? Ils n’ont même pas conscience de t’avoir offensé… Pire encore, ils sont convaincus que tu ne leur manques pas du tout!».
Quelques lignes du cardinal Christoph Schonborn au Congrès international de Rome sur la Miséricorde Divine, en avril 2008, sont venues m’éclairer sur ce dont je n’avais qu’une intuition sentimentale: «C’est précisément pour cela! Parce que nous sommes si malades que nous rejetons le seul remède, le seul médecin capable de nous guérir, à savoir qu’il est terriblement urgent de rappeler au monde ta Miséricorde obstinée. C’est le sûr recours, le seul».
Ton Coeur, Seigneur, est l’unique porte d’hôpital que nous ayons besoin de pousser. Toi, le seul médecin dont le Père se porte garant et qu’il certifie capable de nous rétablir. Mais comme l’alcoolique invétéré, nous continuons à nous faire toujours plus de mal.
Par la douloureuse Passion de ton Fils, Père, aie miséricorde de nous et du monde entier! Jésus, j’ai confiance en Toi!
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«Vivons selon le style de Jésus, en partageant et en travaillant…»; telle est une des devises qui résonnait le plus dans les voix des quasi quatre-vingts jeunes qui participions à la Rencontre nationale du MEJ, réalisée à Regina Martyrum, les 9 et 10 août. Pendant notre rencontre, nous avons fait l’expérience vivante des deux attitudes du partage et du travail.
Le samedi: jour du partage
C’est le samedi, très tôt dans la matinée, que Regina accueillit les moniteurs des différentes communautés MEJ du pays. Des représentants de San Miguel, Guernica, González Catán, Posadas, Córdoba, Salta et Resistencia furent présents pour célébrer notre rencontre.
Après avoir chanté et dansé ensemble afin de rompre la glace, le Père Alfonso Gómez, Provincial de la Compagnie de Jésus, ouvrit la journée et nous encouragea à renouveler notre enthousiasme pour le service et le don de soi.
Ensuite, Ernesto Giobando, Conseiller national de notre mouvement, présenta la première édition du Manuel latino-américain du MEJ. Une caractéristique originale de ce nouveau manuel consiste en l’unification de l’Uruguay, du Chili et de l’Argentine, proposée sur certains points de notre spiritualité et de notre style. De plus, la simplicité du manuel devra nous aider à transmettre plus aisément aux autres la joie d’être mejistes.
La présentation étant faite, nous avons alors procédé en petits groupes, à la lumière du manuel, à des échanges sur la réalité de chaque communauté MEJ et, à partir de ce partage, nous avons mis en forme quelques apports et suggestions qui pourront nourrir notre réflexion sur les défis actuels du MEJ en Argentine.
A la tombée de la nuit, nous nous sommes unis en une Adoration eucharistique, très propre à notre spiritualité, dont l’axe est Jésus Eucharistie. Ce fut un moment très spécial de la journée, qui nous a donné l’occasion de rendre grâces pour ce que nous avions vécu et de remettre entre les mains de Jésus tous les mejistes qu’Il nous confie, à nous les moniteurs.
En clôture de journée, les rires auraient pu manquer. Alors, pour animer le feu de camp, chaque communauté a-t-elle préparé un sketch qui remplit de grands éclats de rires la nuit de notre rencontre.
Quant à la logistique de l’événement, ce sont les mejistes de Regina des étapes les plus avancées qui nous accompagnèrent et qui firent en sorte que la rencontre soit possible. Le service de la cuisine fut confié aux membres de l’étape des Disciples, qui s’exécutèrent dans la joie avec énormément de générosité. L’étape des Témoins prit en mains l’accueil, l’animation, la décoration et le logement, avec beaucoup d’enthousiasme et d’excellents résultats, eux aussi.
Le dimanche: jour du travail, ensemble
Le matin suivant fut celui de la présentation du brouillon des Matériaux du MEJ, abrégé de moyens, rencontres, chansons et Adorations eucharistiques réuni pour nous aider à consolider notre travail avec les mejistes et à augmenter notre capacité créative en tant que moniteurs du MEJ. Cette compilation recueille le travail accompli par les communautés MEJ d’Argentine au long de ces années. Nous pensons que le partage de notre effort est aussi une façon d’essayer de vivre la spiritualité de l’Eucharistie, tant il est vrai qu’en mettant tout en commun, nous exprimons notre confiance en Celui qui multiplie la valeur de nos tentatives.
Après l’exposition, nous nous sommes divisés par zones d’intérêt selon les diverses portions des matériaux sur lesquels nous avons travaillé en les corrigeant et en les augmentant. Ce furent là des travaux portés par l’ambition de parvenir à une édition définitive du matériel, dûment enrichi des contributions offertes par les moniteurs des différentes communautés MEJ d’Argentine.
Avant midi, nous avons assisté à la messe des enfants de Regina, présidée par le Père Provincial, et nous y avons apporté la collaboration chantante du choeur des moniteurs, récemment constitué, et l’offrande de nos cahiers personnels, comme symbole de la spiritualité mejiste, en laquelle nous voulons croître après nous être nourris de Jésus Eucharistie.
A l’approche de l’heure des adieux, - déjà -, nous avons mis en commun diverses propositions de poursuite du travail au niveau du MEJ national, cette année-ci et l’année prochaine. Comme projet central, nous avons proposé de former une Commission nationale du MEJ, qui réunirait des représentants de toutes les communautés afin de coordonner et de programmer des activités et des objectifs communs pour tous les mejistes d’Argentine.
Nous nous sommes quittés sur une Adoration eucharistique, après laquelle notre Conseiller national nous envoya accomplir notre travail missionnaire et sortir de nos communautés pour faire connaître le MEJ et inviter d’autres jeunes et d’autres enfants à tenter de vivre, comme nous, selon le style de Jésus.
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Chers Frères,
Que la paix du Christ soit avec vous.
La 8e Réunion de l’Assistance de l’Apostolat de la Prière pour l’Asie du Sud-Est et l’Océanie, et pour l’Asie du Sud, s’est tenue à Tokyo, Japon, du 6 au 11 octobre 2008. Peu après mon retour, j’ai envoyé par courriel un rapport sur la réunion à tous les Provinciaux. Malheureusement, vous ne l’avez pas reçu. J’espère que la modeste et simple lettre que voici vous arrivera plus sûrement.
Au fil des jours, nous ne cessons d’entendre parler davantage d’attentats terroristes, de violences, de massacres, d’incendies, d’enlèvements, d’atteintes à la dignité humaine et de grossières violations des droits de l’homme. L’humanité est totalement désorientée et confuse. Les gens sont démoralisés et souffrent de toutes sortes de maladies physiques et mentales. Chacun est profondément à la recherche du sens de sa vie. Les gens cherchent une direction spirituelle authentique et pure. Ils voudraient savoir où et comment ils peuvent rencontrer Dieu et trouver une voie à travers cette vallée de larmes.
En ce moment critique, l’Apostolat de la Prière peut apporter une réponse aux éternels désirs nostalgiques de l’humanité. Nombre de personnes contactent nos communautés jésuites en quête d’une aide matérielle, d’un emploi, d’une recommandation ou d’autres nécessités variées. Mais combien sont-ils à venir nous demander une aide spirituelle pour connaître le Christ et trouver des façons de faire l’expérience de sa Personne et d’intérioriser Ses valeurs? Bien sûr, nous avons des centres de retraite pour le ministère spirituel. Mais pouvons-nous reléguer notre responsabilité centrale entre les quatre murs d’un centre de retraite ? En cette Année paulinienne, chacun se complaît à citer ceci: «malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile!» (1Co 9,16). Mais comment pouvons-nous faire en sorte que cela se réalise concrètement?
Nous investissons une large part de nos ressources humaines et matérielles principalement dans l’éducation et nous épuisons notre énergie dans l’administration. Mais ne traitons-nous pas avec négligence le ministère spirituel, même dans les institutions d’éducation? J ‘écris ceci après avoir passé 27 ans dans un ministère de l’éducation. Heureusement, je n’ai pas été immobilisé par les labyrinthes structurels et bureaucratiques. Aujourd’hui, en Inde, les gens ne recherchent pas des religieux efficaces et savants, quoiqu’ils en aient besoin, mais plutôt des serviteurs qui se réalisent en Dieu dans le renoncement de soi, s’élevant au-dessus des castes, des préférences de groupe et des politiques du pouvoir. Les gens ne sont plus fascinés par les enseignes publicitaires accrocheuses, mais par les humbles lampes de l’autel qui révèlent la présence vivante du Divin.
Puis-je vous demander de penser sérieusement à ce que vous faites dans votre province pour l’Apostolat de la Prière? Combien de nos hommes sont-ils directement engagés dans le ministère spirituel? Comment pouvons-nous apporter l’Evangile dans nos autres ministères?
Ma lettre a peut-être pris quelque peu le ton de vos lettres officielles. Mais après avoir passé 44 ans dans la Société, j’écris ceci dans une angoisse insupportable. Voulez-vous avoir l’amabilité de me faire connaître le nom de votre Secrétaire provincial de l’Apostolat de la Prière. J’espère revivifier ce ministère en les réunissant tous et en traçant un plan d’action concret pour les jours à venir.
Avec mes remerciements sincères, en communion de prière,
entièrement vôtre dans le Christ.
Jayabalan, S.J.
Secrétaire National
Apostolat de la Prière, Inde
Le 29 novembre 2008
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